Portrait d’un livre-jeu inventif et joyeux (coup de cœur)
- Titre : Hello tomato
- Conceptrices graphiques : Marion Caron & Camille Trimardeau
- Éditeur : Éditions du livre
- Parution : 2021 (édition française)
- Format : 10,5 x 14,8 cm, 24 pages, Leporello (couverture cartonnée), Quadrichromie fluo, 25 cartes pochoirs
- Catégorie : Livre-objet / Livre-jeu
- Public : dès 3-4 ans
Jouer avec Hello tomato
Déplier le livre-objet Hello tomato, c’est être aussitôt happé par ses couleurs vibrantes. Pages unies, bicolores ou multicolores offrent un fascinant terrain de jeu. Grâce aux pochoirs, d’un blanc éclatant, fruits et légumes y surgissent comme par magie. En associant formes et couleurs, un citron peut retrouver son jaune acidulé, un dégradé de vert ou, pourquoi pas, oser un violet foncé.
Ce livre-jeu invite petits et grands à questionner leurs habitudes visuelles et leurs stéréotypes. Conçu pour guider l’appariement, Hello tomato fait la part belle à l’expérimentation et aux trouvailles. Il fonctionne comme un imagier ludique et ouvert : on y nomme les couleurs, les fruits, les nuances, tout en jouant et en éduquant son regard.
Les pochoirs, en carton fort non plastifié, demandent un léger accompagnement, notamment avec les plus jeunes, dès 3–4 ans. Hello tomato est un livre-objet inventif et réjouissant, qui fait rimer apprentissage, imagination et plaisir de la manipulation.
Chronique détaillée
Ce qui frappe d’abord, lorsqu’on déplie Hello tomato, ce sont les couleurs. Avant même de comprendre le principe du jeu, on est happé par les aplats colorés : chaque page du leporello se compose d’une ou deux couleurs unies, parfois de dégradés uni ou multicolores. Le livre se donne d’abord comme une expérience visuelle.
Puis viennent les pochoirs, d’un blanc éclatant. Fruits et légumes se détachent nettement, prêts à être déposés sur les pages colorées. Le jeu consiste alors à associer forme et couleur : choisir la teinte qui conviendrait le mieux à tel fruit ou tel légume. La répartition des couleurs tend à rendre le jeu autocorrectif. Mais très vite, on comprend qu’il n’existe en réalité ni bonne ni mauvaise réponse. Bien sûr, certaines associations semblent plus « justes », plus attendues. Pourtant, le plaisir réside précisément dans la liberté de détourner ces évidences : un citron violet, un radis vert, une mangue aux nuances inattendues.
Cette liberté est d’autant plus intéressante qu’elle invite à questionner nos stéréotypes visuels. Un citron est-il forcément jaune ? Une orange toujours orange ? Le jeu permet d’explorer les variations possibles, de tester, de se tromper, de recommencer. L’image obtenue peut surprendre, séduire… ou décevoir. L’effet est souvent saisissant, parfois frustrant — mais toujours stimulant.
On observe d’ailleurs une différence intéressante entre adultes et enfants. L’adulte cherche souvent « la bonne réponse », le bon accord entre forme et couleur. L’enfant, lui, se montre généralement plus libre, moins inhibé par la justesse ou la vraisemblance. Il ose davantage, explore sans crainte. Bien sûr, chaque enfant est différent, mais le dispositif favorise clairement l’expérimentation.
Hello tomato fonctionne ainsi comme un livre-jeu imagier particulièrement malin. On est invité à nommer les couleurs, les fruits et les légumes, mais aussi les dégradés, les nuances, les passages d’une teinte à une autre. Un même fond coloré peut accueillir un poivron, une mangue ou un autre fruit encore : l’image se réinvente à chaque combinaison. Et surtout, on joue.
Reste la question de la manipulation. Les pochoirs, en carton fort, lisse et satiné, sont non plastifiés. Ils demandent donc un minimum d’accompagnement, surtout avec de très jeunes enfants susceptibles de les porter à la bouche ou de les plier. L’objet semble particulièrement adapté aux enfants à partir de 3–4 ans, selon leur motricité fine et leur rapport aux livres-objets.
Inventif, ludique et visuellement très fort, Hello tomato est un livre-jeu rare, peut-être unique en son genre. Un objet intelligent, bien pensé, qui invite autant à regarder qu’à manipuler, et qui prouve qu’apprendre, nommer et créer peuvent avant tout passer par le plaisir du jeu.
À découvrir sur le site des Éditions du livre.
